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| L'ésotérisme de Léonard de Vinci |
Qui est  Bacchus ? Qui est Saint Jean ? Paul Vulliaud L'Antiquité qualifia le dieu Bacchus au moyen de nombreux surnoms, afin d'apporter une distinction dans ses attributs. La Litanie des dieux de Gémiste Pléthon sera une puissante affirmation pour justifier nos intuitions sur Léonard, en même temps elle fixera la conception des Humanistes à propos de Bacchus. Voici, en attendant, relevées, quelques épithètes dyonisiennes: celui dont on ne doit pas révéler les mystères, engendré dès le principe, le dieu à la forme belle. A la multiplicité d'épithètes qui lui convenaient, correspondit la variabilité du canon plastique. Au lieu de le représenter suivant une même règle hiératique, sa forme changea précisément avec les diverses significations des idées dont son image était l'incarnation. Il y aurait une étude très curieuse à faire sur le type artistique de Bacchus chez les Grecs, il en résulterait la constatation qu'un quaÂdruple mode d'expression, symbolisant les quatre âges de la Vie universelle, fût en usage. Emblème du Printemps, on le voit sans barbe, les cheveux tomÂbant en boucles épaisses sur les épaules, il est androÂgyne, comme dit Euripide. Léonard l'a fixé à ce moment, le peintre moderne correspond ainsi à Praxitèle qui substitua les formes éphébiques à l'ancien type barbu du dieu. Bacchus, dieu solaire, est le créateur de la Vie universelle sur la Terre, il est la force génératrice de l''Univers. Il est l'Osiris égypÂtien, aussi est-il recouvert de la nébride, emblème du dieu-soleil d'Égypte, la peau de la nébride est le ciel, les taches en sont les étoiles. Bacchus, brillant Phanès, chanté par Orphée a les deux principes: Liber et Libera; le premier, la chaleur, principe de création; le second, l'humidité, principe de toute végétation. Il est en somme le dieu Tout : Pan.
Se conformant à la donnée traditionnelle, l'Artiste a couronné la tête divine de lierre, symbole de la perÂpétuité de la vie; il a couvert d'une peau de chevreuil, symbole du Temps, la divinité éleusinienne, selon Nonnus dot Léonard avait lu le poème sur Bacchus ou les Dyonisiaques. Bacchus se qualifie dieu anacte, c'est-à -dire bienfaiÂsant; Eusthate rapporte, d'après un commentaire sur les mots des païens, la traduction du mot ésotérique anax: Filius Terrae, et CÅ“li. Bacchus est Fils du Ciel et de la Terre, et c'est pourquoi le poète de Panopolis, Nonnus, chante : « Bacchus, rejeton de Jupiter, le seul à qui Rhéa ait tendu sa vivifiante mamelle.» Enfin, comme Plutarque, aux Symposiaques, nous révèle que le plus jeune des dieux helléniques est le dieu des Juifs et nous montre les rapports entre les cérémonies judaïques et les fêtes bachiques, nous concluons au caractère messianique de Bacchus. Pour les Grecs, Bacchus est le Messie. Il est le Verbe; comme la Sagesse était avant que le monde ne fût, il a brillé, dans le commencement, le premier au sein des ténèbres. Une rapide incursion dans le dogme dyonisiaque paraît nécessaire; le résultat en corroborera les premières inductions qui m'ont amené à donner le titre sacré au personnage mystique du Panthéon hellénique, à fixer son caractère essentiellement mesÂsianique. Et comme Léonard a le soin de placer mysÂtérieusement les mains de ses personnages en gestes indicateurs d'énigmes, laissons-nous conduire par ces index qui seront une précieuse ressource par l'exégèse de sa pensée. Rien n'est plus curieux que la position de l'index des mains dans plusieurs tableaux de LéoÂnard; par ce procédé dactylologique, les personnages figurés par l'Artiste deviennent vivants et parlent. Observons : L'index de la main gauche, chez Bacchus, tenant le thyrse dont la pointe est tournée vers le sol, alors que, dans le Baptiste, l'analogue du thyrse – la Croix - est dirigée vers le haut, indique avec ostenÂtation la même direction inférieure. Le parèdre de Cérès - Bacchus - ne semble-t-il pas montrer les lieux bas, l'intérieur de la terre, c'est-à -dire l'antre des mystères, le spelÅ“um, où l'initié, pour employer le style pythagoricien, descendra aux enfers ? Or, Porphyre nous enseigne que la grotte des mystères est un symbole cosmogonique, c'est l'Å“uf primordial d'où est sortie la substance androgyne. L'antre, dit-il, est le symbole du monde sensible et de toutes les énergies cachées parce que les antres sont obscurs et l'essence de ces énergies est mystérieuse. Par un effet de l'action divine « le monde matériel sortait de l'enveloppe du chaos: le chaos était figuré par l'Å“uf, qui était consacré dans les mystères de Bacchus comme le type ou l'image de ce qui produit et contient tout ». Certaines de ces cavernes mystériales étaient peintes en rouge, celles d'Alexandrie entre autres. Faut-il voir dans cette singularité le motif pour lequel Léonard a coloré son dessin en rouge, alors que saint Jean le Précurseur, Annonciateur du divin Orient, du Soleil de Justice est teinté en jaune brillant? Je rappelle que la Renaissance avait une symbolique des couleurs. Est-ce parce que dans les cérémonies bachiques on portait l'attribut du dieu, peint en rouge ? Dans le symbolisme de l'Antiquité, déclare Edelestand du Méril, le rouge représentait la pléniÂtude et la puissance de la vie. Cette coloration estÂelle au contraire motivée par suite du parallélisme entre Bacchus-Verbe et Bacchus-Premier-Né, paralÂlélisme retrouvé entre Jésus-Christ, Nouvel Adam et Adam-Premier-Né, ombre projetée d'Adam céleste? On sait en effet qu'Adam veut dire « le rouge », en hébreu. Quoi qu'il en soit, le lecteur se rend compte qu'une conclusion légitime s'impose : évidemment Léonard de Vinci, exécutant ces deux ouvrages, Bacchus et le Précurseur, - simultanément, était sous l'empire d'une seule et unique idée.
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