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| Dame Frances Yates |
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Les éditions Alias rendent hommage à "Dame Frances Yates" au travers de deux livres "Fragments autobiographiques" et "Science et tradition hermétique". L'occasion pour nous de rappeler brièvement son parcours et le livre monumental qui l'a fit connaitre "Giordano Bruno et la tradition Hermétique" (Dervy, 1988, Bibliothèque de l'Hermétisme, collection dirigée par Antoine Faivre). Dans ce livre, le dominicain Giordano bruno, condamné au bûcher en 1600, apparaît comme un philosophe et un mage hermétisant, porteur d'un message religieux original. Le soutien qu'il apporta à l'héliocentrisme copernicien est associé à la magie solaire de Ficin. Bruno, précurseur de Galilée, fut aussi l'un des premiers à défendre l'idée d'un univers infini et la pluralité des mondes habités.
« Je ne suis pas une occultiste, ni une alchimiste, ni une quelconque sorcière. Je ne suis qu'une humble historienne, dont l'activité favorite est la lecture.» Pour son «humble» travail, elle se verra conférer toutes les distinctions honorifiques, recevra le prix Galilée, sera Officer of the Order of the British Empire et, en 1977, élevée au rang de Dame Commander. Quant à son activité de lectrice, elle l'exerce dès son plus jeune âge - elle publie à 13 ans son premier article dans le Glasgow Herald - et, de façon frénétique, quand elle devient membre de l'Institut Warburg.
De Frances A. Yates sont aujourd’hui publiés deux ouvrages : Science et tradition hermétique et Fragments
La légende raconte que « l'art de la mémoire » fut inventé en Grèce par le poète Simonide de Céos, lors d'un banquet donné au par un noble de Thessalie. Le toit de la maison s'étant effondré en sur les convives en l'absence de Simonide, celui-ci seul fut capable de rendre leur nom aux cadavres défigurés, grâce à son souvenir des lieux où les invités étaient assis. « Il comprit qu'une disposition ordonnée est essentielle à une bonne mémoire. ». Ainsi commence la vaste fresque que Frances A. Yates dresse, avec sa rigueur d'historienne, de la Grèce antique jusqu'à Leibniz. Son projet est aussi humble qu'important : mettre en lumière les caractères généraux et l'évolution d'une réalité considérée comme marginale et qui, pourtant, touche à l'histoire essentielle de la culture et de l'imagination. Elle mène scrupuleusement son entreprise et ne fait qu'entrouvrir les portes de l'interprétation. Cette étrange rhétorique architecturale et dramatique s'accorde aux préoccupations culturelles des époques auxquelles elle se rattache, et se transforme peu à peu en une philosophie et une morale de l'harmonie. « Technique laïque, dépouillée de ses connotations médiévales », l'art de la mémoire devient mystique jusqu'à l'hérésie, puisque Giordano Bruno périt sur le bûcher. Intégré au mouvement néo-platonicien, il se transforme en un art occulte et hermétique, et continue, par cette métamorphose, d'occuper « une place centrale dans une des plus profondes traditions européennes ». S'intéressant parallèlement aux structures de l'art et aux possibilités cachées de la connaissance, la renaissance est une promotion de l'homme fasciné par l'architecture, c'est-à -dire par l'ordre qui permet de rejoindre Dieu. Ainsi Guilio Camillo construit-il un amphithéâtre où le spectateur sera capable de « discourir sur n'importe quel sujet avec autant d'aisance que Cicéron ». Il appelle cet édifice une « âme construite », car on peut y voir physiquement ce que l'esprit conçoit, mais que l'oeil ne perçoit point. « Le théâtre est donc une vision du monde (...) depuis les sources supracélestes de la sagesse. » Les images y prennent place dans des lieux éternels; elles sont dotées de pouvoirs magiques; ce sont des talismans qui mettent en mouvement l'imagination. L'art de la mémoire n'est plus le recours de la faiblesse humaine, mais l'attribut du divin, reflet du macrocosme dans le microcosme de son esprit. Cet art, Giordano Bruno le porte à son apothéose. L'ouvrage de F. A. Yates se termine sur une série de perspectives. Le sait-on seulement ?.. mais c'est par un contreverse sur l'Art de la Mémoire et notamment du traité de Ramus que débute le célèbre discours de la méthode qui entend substituer à l'ordre "magique" de mnemosyne un ordre fondé sur la chaine rationnelle de la déduction causale. Au XVIIè siècle, l'art de la mémoire est connu et discuté par des penseurs comme Bacon, Descartes et Leibniz. De méthode destinée à mémoriser une connaissance encyclopédique, il deviendra la méthode d’étude de cette encyclopédie. D'une certaine manière, la tentative de G. Bruno pour parvenir à une « connaissance universelle en combinant des images significatives de la réalité » peut ressembler à un calcul infinitésimal sauvage. Le souci de la connaissance est au coeur de la mémoire.
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