Le mensonge : salaire de la peur
Quand il n’est pas pure malveillance, le mensonge le plus ordinaire, le plus quotidiennement pratiqué, est finalement toujours une parade d’urgence face à la peur, face à une angoisse profonde de n’être que soi.
Cette angoisse est d’autant plus aliénante que nous ne parvenons pas à assumer notre liberté intérieure -  liberté qui, seule, pourrait nous affranchir de la peur et par conséquent de l’usage du mensonge.
De fait, accepter le mensonge, n’est-ce pas refuser d’exercer sa liberté ? N’est-ce pas, implicitement, accepter de demeurer esclave quand nous pourrions être maître ?
Mais qu’est-ce qu’un homme libre ? Qu’est-ce donc que cette liberté dont on parle avec nostalgie ? Et pourquoi nous en écartons-nous au prix même d’une troublante compromission avec le mensonge ?
En premier lieu, la liberté intérieure est bien différente d’un simple affranchissement des contraintes extérieures.
Demandons-nous d’abord si nous voulons réellement être libres ? Pensons-nous à une liberté totale ou à nous débarrasser d’une gêne ou d’un ennui ? De la douleur ? De l’angoisse ? Car vouloir se libérer de quelque chose, ce n’est pas vouloir la réelle liberté, ce n’est qu’une réaction qui engendrera une nouvelle réaction. On ne déclenche alors que des réactions en chaine et l’on s’imagine que chacune d’elle est une libération.
La liberté est autre ; la liberté est un état d’esprit, non le fait d’être affranchi de quelque chose ; c’est la liberté de douter, de remettre tout en question, c’est une liberté si intense, active, vigoureuse, qu’elle rejette toute forme de sujétion, d’esclavage, de conformisme, d’acceptation.